Silice cristalline : un nouveau challenge pour le BTP

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La France avait jusqu’au 17 janvier 2020 pour prendre officiellement acte du classement comme agent cancérogène, par l’Union Européenne, les procédés exposant aux poussières alvéolaires de silice cristalline. Autrement dit, la silice cristalline respirable (alvéolaire) devient un agent CMR, comme l’amiante, le plomb, les HAP et les fibres céramiques réfractaires.

Il faut rappeler que le le dioxyde de silicium, autrement dit la silice, représente près de 60 % de la composition de l’écorce terrestre. Il ne s’agit donc pas de renoncer aux interventions sur les matériaux contenant de la silice, comme une entreprise peut choisir de le faire sur l’amiante ou les peintures au plomb. Celle-ci est en effet présente dans le granite, l’ardoise, la brique, les tuiles en terre cuite, le béton, les enrobés routiers, le carrelage, le sable, la pierre, etc… soit environ 70 % des matériaux de construction !

A côté de la silicose, qui fit des ravages aux siècles derniers parmi les mineurs de charbon, il est maintenant reconnu que la silice cristalline est une cause de cancers du poumon, et d’autres maladies pulmonaires invalidantes, à des doses d’exposition même limitées. Ces maladies peuvent apparaître tardivement, bien après la fin de l’exposition, ce qui pourrait créer une source d’anxiété pour les personnes exposées par le passé.

Un rapport de l’ ANSES de 2019 fait le point sur la question et indique que le secteur de la construction est particulièrement exposé à des dépassement de la VLEP, égale à 0,1 mg/mètre-cube d’air pour la silice sous forme de quartz. Parmi les métiers les plus exposés : les sableurs, les démolisseurs, les travailleurs du béton, les tailleurs de pierres, les travaux de surfaces bétonnées : bouchardage, rectification.

Un guide de bonnes pratiques du Comité des Hauts Responsables de l’Inspection du Travail, édité en 2016 par la Commission Européenne, indique que la présence de poussières visibles émises par un procédé de travail sur un matériau contenant de la silice est révélateur du dépassement de la VLEP, même si le respect de celle-ci n’est pas garantie par l’absence de poussières visibles.

Pour faire simple, il devrait être désormais incontournable de réduire les émissions de silice cristalline à la source par le choix de techniques peu émissives, des systèmes d’abattage à l’eau ou de captage des poussières volatiles par aspiration, de réaliser et documenter une évaluation précise du risque silice au travail, de former les intervenants selon les articles de code du travail applicables aux agents CMR.

En France, près de 300 000 salariés seraient exposés à la silice cristalline, et le rapport de l’ANSES considère, avec l’OSHA (USA), que l’excès de risque de contracter une des maladies causées par la silice, en respectant la VLEP actuelle pour le quartz est supérieure à 1/1000, pour une exposition de 45 ans ( soit 10 victimes pour 10 000 personnes exposées). Il faut donc s’attendre à ce que la VLEP diminue dans les prochaines années.

A titre de comparaison, l’excès de risque de contracter un cancer de l’amiante pour une exposition au niveau de la VLEP amiante, égale à 10 fibres par litre, pendant la même durée de 45 ans est évalué à 3/10 000, (soit 3 victimes pour 10 000 personnes exposées).

Le cas échéant, la présence d’une exposition à la silice cristalline doit être signalée dans les fiches individuelles d’exposition au risque amiante dans la rubrique « autres risques d’origine chimique ».

Voir la directive (UE) 2017/2398

 

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